Thème récurrent de la science-fiction, le voyage dans le temps est un ressort scénaristique pratique et souvent passionnant à traiter.
Pour cet article, j'ai essayé de varier les exemples afin de ne pas citer constamment Retour vers le futur ou Doctor Who, même s'ils font évidemment partie de ma liste !
Qui n'a jamais rêvé de voyager à travers le temps et l'espace ? D'embarquer vers le passé pour y rencontrer un personnage célèbre ou vers le futur pour s'assurer que notre espèce survit ? De remonter le temps de quelques minutes afin de corriger ce que l'on vient de dire ou de faire ? Ce grand fantasme a été tellement utilisé dans la fiction que certains doivent avoir l'impression de tout savoir. Il existe pourtant beaucoup de manières de s'émanciper du temps, tout comme il existe de nombreuses conséquences à posséder un tel pouvoir. Les scénaristes et les auteurs l'ont bien compris : traiter de ce thème impose un certain nombre de contraintes fascinantes à contourner, tels les paradoxes.
Voyager à travers le temps pourrait être un moyen de transcender les lois de l'univers, de défier les dieux, avec tout ce que cela comporte de dangers. Je laisse volontairement de côté la science pour aborder le côté purement fictif du sujet. Oh, et attention aux spoilers car il n'est pas facile de traiter de ce thème sans spoiler les œuvres dans lesquelles il apparaît.
Les Origines du Voyage dans le Temps
Si aujourd'hui ce thème peut nous sembler familier, voire commun, c'est parce qu'il a souvent été utilisé dans les médias, que ce soit au cinéma ou à la télévision. Toutefois, il semblerait que la première mention d'une intrigue liée au temps se trouve dans un monument de la littérature, une saga connue de tous, le Cycle Arthurien (Moyen-Âge). En effet, Merlin, fidèle ami du Roi Arthur, est doté du pouvoir de se rendre dans le passé ou dans le futur. Puisqu'il peut s'en émanciper, s'en détacher, il apparaît quelquefois comme un vieillard, d'autres fois comme un enfant. Merlin est un personnage obsédé par les lois du temps. « La prophétie est pour lui une forme supérieure de la connaissance du temps. Il peut d'autant mieux dominer le temps qu'il est lui-même hors du temps […] Il accède au mystère fondamental du monde. » (Le devin maudit, sous la direction de Philippe Walter, ELLUG, 1999, p.48). Or, après que l’Église a récupéré le mythe arthurien, Merlin perd ce pouvoir fabuleux car seul Dieu peut commander au temps !
Après cela, de nombreux auteurs écrivent autour du voyage dans le temps, comme René Barjavel ou H.G. Wells. Et les scientifiques, fascinés par cette possibilité, étudient la potentialité d'un tel déplacement, comme Einstein ou Stephen Hawking. Ce dernier avança l'idée que les voyages dans le temps étaient impossibles parce que sinon nous aurions déjà eu des visites de touristes du futur. Sauf si, bien sûr, on prend en compte la création de portes temporelles qui ne pourraient déplacer une personne que jusqu'à une autre porte et non à une date antérieure à sa création. Bref, comme vous le voyez, chacun y va de sa petite hypothèse.
Les différents types de voyages dans le temps
Voyager dans le temps est une expression plutôt vague, finalement, qui n'indique en rien la destination, ni le but. L'un des récits les plus faciles à mettre en scène est le déplacement de notre présent vers le passé, la facilité réside dans le fait qu'il existe de nombreux documents sur notre Histoire, dont les auteurs et scénaristes se servent pour développer leur intrigue. Ainsi, dans Retour vers le Futur (1), Marty McFly se rend vingt ans en arrière, à l'époque de ses parents. Il aura donc fallu transformer le Hill Valley des années 80 en une version des années 60 pour donner une crédibilité au film. D'autres fictions dépeignent le passé, comme François 1er (1937), Retour vers le Futur 3 (1990) ou encore 22/11/63 (Stephen King, 2011). Mais toutes les histoires ne cherchent pas nécessairement à mettre en avant le passé de notre civilisation. Ainsi, dans Interstellar (2014), Christopher Nolan nous montre le propre passé du personnage principal. La mise en application du voyage dans le temps se complique pourtant lorsque les héros se rendent dans le futur. Petite précision importante ici : on parle parfois d'un futur possible. Le futur, dans la fiction, est rarement figé car l'intrigue principale tourne souvent autour de la volonté d'éviter ce futur, de le modifier.
D'ailleurs, en cherchant des exemples de futurs qui ne changent pas à l'issue d'une histoire, peu me sont revenus en mémoire, excepté La Machine à explorer le temps (1895), de H.G. Wells, classique du genre, et le deuxième épisode de la première saison de Doctor Who (2005), où le Docteur emmène Rose à la fin du monde. Dans ces deux cas, le futur que l'on aperçoit ne subit aucun changement et ce n'est d'ailleurs même pas le propos de l'intrigue. J'ai également trouvé deux cas particuliers : Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban (1999), dans lequel passé, présent et futur se mêlent (nous y reviendrons dans la partie sur les paradoxes) et La Planète des Singes (le film de 1968 mais aussi le bouquin de Pierre Boulle, 1963) où les personnages se rendent dans le futur sans le savoir, et, lorsqu'ils le comprennent, à la fin, il leur est impossible de le modifier ou de revenir dans leur présent.
Outre ces cas un peu à part, on a bien souvent une intrigue qui tourne autour de la volonté de changer le futur possible. C'est clairement le postulat de départ de Retour vers le Futur 2. Doc Brown emmène Marty et Jennifer dans le futur pour qu'ils le transforment légèrement afin d'éviter que le malheur s'abatte sur leurs enfants. Cependant, Biff Tannen vole la DeLorean pour modifier radicalement le cours de sa propre histoire, donnant ainsi naissance à un futur alternatif. Inutile de vous en raconter davantage car soit vous avez vu le film, soit vous préférez sans doute le découvrir par vous-même. Second exemple, dans Charmed (2x02 – La chasse aux sorcières), les sœurs Halliwell sont confrontées à un choix moral qui engendre un futur funeste pour Phoebe. Elles vont donc chercher à y échapper en se rendant dans le futur. De plus, l'arc narratif de la saison 6 est lié à un autre futur dans lequel Wyatt, le fils aîné de Piper, devient un mauvais sorcier. Ici encore, je ne vous en dévoile pas plus...
Enfin, il y a des déplacements dans le temps qui se font du passé vers le présent, donnant lieu à des scènes cocasses, comme dans les Visiteurs 1 et 2, ou à de vrais enjeux comme dans la série Primeval (2007). Le cas de personnages restés congelés pendant des années est un cas à part que nous verrons plus tard. Toutefois, le plus souvent, ce sont des gens du futur (ou d'un futur, comme d'habitude) qui débarquent dans le présent (le présent de l'intrigue). On a pu voir ce type d'histoire dans Terminator, bien sûr, ou encore la saison 2 de la série Misfits (2009).
Quel but ?
Les voyages dans le temps, comme nous l'avons vu, servent souvent le scénario principal d'une œuvre, c'est pourquoi l'auteur ou le scénariste doit fournir à ses personnages un certain nombre de motivations, de buts qui les pousseront à agir, à franchir le voile du temps. Inutile de faire durer un suspense qui n'en est pas réellement, la plupart du temps, effectuer un tel voyage est un acte profondément altruiste qui peut sauver le monde, l'univers ou le temps lui-même. Dans la saga littéraire Time Riders, des héros de différentes époques sont réunis pour préserver des moments clés de l'Histoire. C'est un peu différent dans Terminator où un type du futur (Kyle Reese dans le premier film puis le T-1000 dans le deuxième) arrive dans le présent pour empêcher le futur de se produire. Dans l'épisode 16 de la quatrième saison de Stargate SG-1, on a affaire à une intrigue qui se déroule dans un futur possible dans lequel les Aschens ont aidé à vaincre les Goa'ulds. Seulement, ce peuple ne se révèle pas aussi bienveillant qu'on le croit et Samantha Carter décide donc d'envoyer un avertissement dans le passé via la Porte des Étoiles. La conclusion de cette histoire aura lieu dans la saison 5.
Cependant, les enjeux n'ont pas besoin d'être aussi importants à chaque fois. Dans la série Tru Calling (une excellente série à la fin prématurée), Tru Davis est dotée d'un pouvoir particulier : elle peut revivre la journée passée afin de sauver une personne. La motivation peut parfois se révéler égoïste. C'est un peu le cas de Max Caulfield dans le jeu vidéo Life is Strange. La jeune femme abuse de son don en remontant le temps de plusieurs minutes, quand elle veut bien répondre à une question du professeur ou sauver sa meilleure amie, au risque de détruire l'espace-temps tout entier. Même exemple avec le film Looper dans lequel le personnage principal cherche à se sauver lui-même. Il y a une autre catégorie de voyages dans le temps, c'est ceux qui se produisent sans que le personnage principal en ait eu l'intention. Par exemple, dans les Visiteurs, Godefroy et Jacquouille sont censés voyager quelques heures dans le passé mais sont projetés huit siècles dans le futur ! C'est aussi le cas dans Rouge Rubis (Kerstin Gier, 2009), avant que Gwendolyn Sheperd ne maîtrise ses pouvoirs, elle aura quelques accidents temporels.
Comment voyager à travers le temps et/ ou l'espace ?
Si vous comptez vous embarquer dans une quête vers le passé ou le futur, il y a une seule chose à savoir : comment faire ? Là encore, selon les œuvres, l'art et la manière diffèrent. J'ai relevé quatre grands procédés. Attention : les procédés ne sont pas totalement indépendants les uns des autres.
La Machine, imposante, difficilement dissimulable, c'est quand même la solution la plus classe ! Qui n'a jamais rêvé de rouler à 88 miles à l'heure à bord d'une DeLorean ou d'embarquer à bord du train que l'on aperçoit à la fin de Retour vers le futur 3 ? Vous pourrez également prendre place dans le TARDIS du Docteur, qui possédait autrefois un système de camouflage tombé en panne lors du premier atterrissage sur Terre dans les années 50, d'où son apparence de cabine de police. La machine à explorer le temps est également un bon exemple, tout comme l'Enterprise, vaisseau célèbre de la saga Star Trek. La machine se déplace, elle conduit le voyageur temporel d'un point A à un point B et ne traverse pas que le temps mais aussi l'espace. Ainsi, la machine est souvent considérée comme un « personnage » et non plus comme un simple accessoire. Le TARDIS est même doté d'une âme et peut se montrer capricieux.
Les appareils sont des objets plus petits, d'avantage dissimulables mais qui risquent plus aisément le vol, la perte ou les problèmes techniques. C'est ce qui se produit dans Sliders (une série qui aborde les réalités parallèles, une forme du voyage dans le temps) quand le Minuteur, une télécommande qui permet aux personnages d'ouvrir des vortex/ trous de vers (je vous avais prévenus, les procédés ne sont pas indépendants), tombe en panne momentanément (saison 1) ou est volé par un gamin (saison 3). Ceci permet d'installer des rebondissements liés à l'appareil et permet de justifier, quelquefois, que les personnages soient coincés dans le temps. D'autre part, pour limiter l'utilisation d'un appareil, pour éviter que les héros remontent le temps quand ça leur chante, certains auteurs instaurent quelques réglementations. C'est le cas dans Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban, où Hermione bénéficie d'un Retourneur de Temps qui lui permet de suivre la totalité de ses cours durant sa troisième année.
Or, un personnage aussi droit et respectueux des règlements comme Hermione a peu de chances d'abuser de ce don. Sauf, bien sûr, à la fin du roman car c'est un cas d'urgence. J.K. Rowling sait très bien que si elle n'avait pas limité cette possibilité de voyager dans le passé, des lecteurs lui auraient demandé pourquoi Harry et ses amis ne vont pas dans le passé pour tuer Voldemort enfant (ce qui, d'un point de vue moral, est tout de même border-line). Dans le roman de René Barjavel, le Voyageur Imprudent, l'auteur met en contraste la « facilité » avec laquelle le personnage principal, Pierre Saint-Ménoux, se déplace dans le temps (avec un scaphandre recouvert d'une substance spéciale) et les conséquences qui en découlent, inventant ainsi l'idée de paradoxes...
Trous de vers ou pouvoirs ?
Les trous de vers seraient une sorte de passage qui relierait deux régions de l'espace-temps, facilitant le voyage à travers le temps et les dimensions. Schématiquement, il suffit de plier une feuille en deux et de la transpercer de part en part. Puis il reste à imaginer que le trou A (espace-temps 1) est relié au trou B (espace-temps 2) via un couloir, un trou de ver. Ce procédé (aussi appelé Pont d'Einstein-Rosen) nous est très familier depuis la diffusion de la série culte Stargate SG-1. La porte des étoiles sert alors de point d'entrée d'un monde A vers un monde B et permet de voyager dans l'espace à une vitesse supra luminique. Toutefois, bien que le voyage dans le temps ne soit pas prévu dans la conception de la porte, il arrive que les personnages principaux se retrouvent dans le passé ou dans le futur, à cause d'une éruption solaire qui agit d'une manière inconnue sur le vortex.
D'abord pris par surprise, les membres du SGC parviendront ensuite à maîtriser le voyage dans le temps. Le principe de portail est réutilisé dans la saga littéraire La Noxiance où l'on découvre que les Vortex blancs permettent aux sorciers et aux Anges de voyager dans le temps, bien qu'il faille une puissance phénoménale pour y parvenir. Dans la saison 5 de la série culte Lost, on apprend que l'île peut se déplacer dans le temps et l'espace. Or, pour s'y rendre, les personnages doivent réunir un certain nombre de conditions afin de permettre l'ouverture d'un portail vers l'île. Même si le terme de vortex ou trou de ver n'est pas utilisé, on comprend aisément qu'il s'agit de ce principe. Un trou de ver est également vu de l'intérieur dans Interstellar, de Christopher Nolan.
Enfin, l'on peut soi-même se déplacer dans le temps et l'espace, sans machine, ni appareil ni trou de ver. Il peut s'agir d'un pouvoir inné (Hiro Nakamura dans Heroes, Evan Treborn dans l'Effet Papillon) ou acquis (Simon Bellamy dans Misfits, Max Caulfield dans Life is Strange). L'intrigue, ici, tourne surtout autour de la mission du personnage et s'attarde donc moins sur des problèmes matériels, comme avec les autres procédés.
Les différents paradoxes
Un paradoxe « c'est un être, une chose ou un fait qui paraît défier la logique parce qu'il présente des aspects contradictoires. » (Larousse. fr) La notion de contradiction est fort à propos en ce qui concerne les paradoxes temporels. Il en existe deux grands types : le paradoxe du Grand-père, sans doute le plus connu et le plus utilisé en SF et le paradoxe de l'écrivain.
Le premier est très simple à comprendre : imaginez-vous retourner dans le passé, à l'époque de votre grand-père. Vous ne le reconnaissez pas mais par un malencontreux accident, vous provoquez sa mort. Votre naissance est donc annulée puisque la descendance de votre grand-père n'est plus assurée. Oui, mais voilà : qui, dans ce cas, a provoqué sa mort ? Si vous n'êtes pas nés, vous n'avez pas pu remonter le temps et le tuer et s'il n'est pas mort vous êtes nés... Bref, c'est un cycle sans fin, un paradoxe. Comme je l'ai dit précédemment, on retrouve ce rebondissement dans énormément de fictions. Le cas le plus célèbre est celui de Retour vers le Futur, lorsque la propre mère de Marty tombe amoureuse de lui et qu'il risque donc de disparaître. Le film ne va pas jusqu'au bout de la logique mais Doc Brown explique que le temps lui-même risque d'imploser à cause de ce paradoxe. Car si Marty disparaît, sa mère n'a pas pu être séduite etc... On retrouve ce paradoxe dans le comics Universal War One, le film Looper ou dans la saga romanesque Le Cycle des Princes d'Ambre, de Roger Zelazny.
Le second paradoxe, presque l'opposé du précédent, est moins connu mais tout aussi passionnant. On le nomme le paradoxe de l'écrivain. Si j'envoyais l'article que vous lisez à mon « moi » passé, il n'aurait qu'à le recopier et le publier. Oui, mais voilà : qui a écrit l'article ? Mon autre moi n'aura fait que le recopier. Et mon moi présent n'a eu qu'à l'envoyer. L'article est exclu du temps, il est produit à partir de rien. Prenons deux exemples. Dans Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban, Harry et son parrain sont assaillis par les Détraqueurs. Ils risquent de perdre leur âme. Or, un Patronus chasse les ennemis au dernier moment et Harry a juste le temps d'apercevoir un sorcier au loin qui serait à l'origine de ce Patronus. Il croit qu'il s'agit de son père. Pourtant, en remontant le temps avec Hermione, et en attendant de voir surgir son père de l'autre côté du lac, Harry comprend qu'il s'est vu lui-même lancer le Patronus.
Ainsi, personne n'a vraiment eu l'idée d'intervenir. Si Harry ne s'était pas vu réussir un sort qu'il a eu du mal à maîtriser toute l'année, il n'aurait jamais entrepris de le lancer pour sauver son double du passé. L'adaptation ciné insiste davantage sur cet aspect avec le caillou qu'Hermione jette sur elle-même dans la cabane de Hagrid. Elle sait qu'elle doit le lancer car elle l'a reçu sur la tête, plus tôt dans la soirée. Dans Retour vers le Futur, une fois de plus, Marty interprète le célèbre morceau Johnny B. Goode de Chuck Berry. Marvin, le cousin de ce dernier est séduit par le morceau et téléphone à Chuck pour le lui faire entendre. Ainsi, qui a créé la chanson ? Marty l'a entendue jouée par Berry et Berry l'a entendue jouée par Marty... Ce paradoxe intervient également dans Interstellar et dans le jeu Tomb Raider Legend !
Echapper au paradoxe...
Les paradoxes, en plus d'être intéressants à traiter, sont de formidables éléments scénaristiques. C'est la raison pour laquelle les auteurs et scénaristes aiment à les mettre en avant et à jouer avec eux. Que ce soit le temps d'un épisode (Lost) ou de plusieurs (Doctor Who) ou que l'intrigue entière repose sur ce paradoxe (Bioshock Infinite), le paradoxe devient un rebondissement scénaristique qu'il faut traiter de la manière la plus cohérente possible afin de le résoudre ou de lui échapper. L'une des solutions les plus simples est de permettre au personnage de changer le cours de l'Histoire sans que cela ne crée de paradoxe. L'auteur échappe ainsi au lourd fardeau de la gestion d'un tel élément scénaristique. L'autre solution la plus proche, c'est de ne pas aller au bout des choses, s'arrêter avant que le paradoxe n'ait détruit l'univers. C'est ce que l'on voit dans Retour vers le Futur, quand la photo de Marty s'efface peu à peu. Puisque ses parents finissent ensemble, le paradoxe est évité.
Une autre manière de « fuir » devant un paradoxe est la politique de « les paradoxes se résolvent d'eux-mêmes », parfois utilisé dans Doctor Who (quand ça arrange les scénaristes, il faut bien le reconnaître). Autre possibilité, la mise en place de réalités/ univers parallèles. Si un personnage tue son grand-père, il ne disparaîtra pas car il existera une réalité dans laquelle son grand-père est mort et l'autre non. De la même manière, si je veux envoyer cet article à mon moi passé, je ne pourrai l'envoyer qu'à une version des différents moi du passé. L'article aura donc bien été écrit par une tierce version. La chronologie même de The Legend of Zelda est basée là-dessus. À la fin d'Ocarina of Time, le joueur est dans une réalité où la Princesse Zelda, après la victoire de Link sur Ganondorf, décide de le renvoyer sept ans en arrière pour qu'il puisse vivre son enfance. La suite est donc logiquement l’Ère de l'Enfance (si cette chronologie vous intéresse vous pouvez la trouver très facilement sur internet). Mais voilà, l'univers du jeu est en fait un multivers et il existe donc deux autres branches : celle où Link perd son combat et celle où le monde demeure sans héros puisque Zelda a renvoyé Link dans le passé.
... Ou s'y confronter
Mais la solution la plus intéressante reste de se confronter au paradoxe. C'est le cas dans le Voyageur Imprudent. Barjavel envoie son héros, Saint-Ménoux, en 1793. Le voyageur temporel s'interroge sur ce qui changerait dans l'Histoire s'il tuait Napoléon, encore lieutenant, et si un autre que lui prenait sa place. Mais un garde se sacrifie à la place de Napoléon. Or, cet homme est l'ancêtre du héros. S'ensuit une fusion des deux destins du personnage, celui dans lequel il est et celui dans lequel il n'est pas, une sorte de tourbillon de vie et de non-vie, un cercle de non-existence.
Affronter le paradoxe de l'écrivain est plus complexe. Abordons le domaine de la causalité. Il faut imaginer le principe de causalité comme une ligne sur laquelle un phénomène (la cause) en produit un autre (l'effet ou la conséquence). De cette manière, un effet ne peut précéder une cause. Mais avec ce paradoxe, un phénomène devient sa propre cause, et donc la ligne de causalité devient une boucle. C'est pour cette raison que l'on évoque souvent le fameux « ce qui est censé se produire s'est déjà produit ». En anglais, on parle surtout de prédestination, ce qui montre bien qu'on ne peut échapper à son destin, on ne peut changer le cours des choses parce que ce serait déjà le cas. Deux exemples pour bien vous faire comprendre. Prenons un homme qui remonte dans le temps et rencontre une femme qu'il épouse. Ils ont un enfant. Un enfant qui va grandir et avoir un enfant. Ce dernier voyagera dans le passé et rencontrera une femme... Oui, en fait le voyageur temporel est ici son propre grand-père.
Dans la saison 5 de Lost (attention aux spoilers), on comprend que les personnages principaux, qui sont allés dans le passé, ont eux-mêmes provoqué l'incident électromagnétique (alors qu'ils cherchaient à l'éviter), qui des années plus tard, sera la cause de leur crash sur l'île. On a là une vraie boucle. De même, dans Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban, Buck n'a JAMAIS eu la tête tranchée puisque les doubles temporels des héros l'avaient déjà détaché au moment où le bourreau abat sa hache, de dépit. Contrairement au paradoxe du grand-père qui permet de changer le cours de l'histoire, qui donne un rôle actif au personnage, le paradoxe de l'écrivain lui offre un rôle passif.
Les erreurs à éviter
Bien sûr, écrire sur le thème du voyage dans le temps est loin d'être simple, vous l'aurez compris. On risque le plus souvent de créer des incohérences plus ou moins importantes. Par exemple, pourquoi le T-1000 ne subit-il pas les lois temporelles dans Terminator 2, après que le projet qui l'a vu naître a capoté ? Pourquoi le Docteur, qui n'est pas censé croiser sa propre chronologie, finit-il par s'allier à deux autres versions de lui-même dans Le Jour du Docteur ? Il ne faut pas non plus tomber dans les poncifs tels « si tu pouvais remonter dans le temps, irais-tu tuer Hitler enfant ». Sauf si vous voulez démontrer le côté amoral d'un tel acte ou, à l'inverse, les conséquences sur l'Histoire que ce geste pourrait provoquer. Attention également à ne pas livrer une histoire dans le désordre le plus complet au risque de perdre le lecteur/ spectateur (voir dernière partie).
Les « voyages » dans le temps, ou ce qui s'en rapproche : les plus évidents
Certes, le voyage dans le temps est caractérisé par le déplacement d'un ou plusieurs personnages d'une époque A vers une époque B. Pourtant, de nombreux ressorts scénaristiques peuvent être considérés comme des voyages temporels.
Le flashback (analepse en littérature) et le flashforward (prolepse en littérature) sont deux éléments clés dans une narration. Ils permettent au lecteur/ spectateur de connaître les détails du passé ou de l'avenir d'un personnage, d'un fait ou d'un lieu. Ici, c'est lui qui se balade à travers le temps. L'exemple le plus probant, c'est la série Lost, qui a fait des Flashbacks et des Flashforwards un élément scénaristique fort de son univers. Dans la saga littéraire Harry Potter, on peut donc considérer que la Pensine, qui permet de vivre le souvenir de quelqu'un, est une sorte de déplacement temporel de l'esprit, un saut dans le passé.
Les prémonitions, la prescience et les prophéties sont très utilisées également. Elles jouent sur ce que l'on sait, sur ce qui risque de se produire sans que l'on sache comment l'évènement arrivera. On retrouve ce procédé dans la série Médium, le film Next ou encore le manga X de Clamp. La prophétie auto-réalisatrice est un exemple de paradoxe de l'écrivain puisqu'un événement est sa propre cause. Voldemort choisit son propre ennemi en marquant Harry d'une cicatrice parce que la prophétie lui a dit que ça allait se produire (en laissant planer le doute sur le garçon qui représentait une menace pour lui).
Les Univers alternatifs/ Multivers/ Réalités parallèles : comme nous l'avons vu précédemment, ce procédé permet de résoudre le paradoxe du grand-père. Pour ce principe d'univers alternatifs, il faut voir le temps comme un arbre sur lequel chaque branche et rameau représenterait un choix. Par exemple, si je vous propose de boire un verre d'eau tout de suite, vous avez le choix entre accepter ou refuser. Si vous refusez, la branche se scinde en deux pour laisser place à votre présent dans lequel vous n'avez pas bu, et une autre réalité dans laquelle vous avez bu. Dans une réalité parallèle, je n'ai pas écrit cet article, dans une autre, je ne fais même pas partie du collectif Pop Fixion. C'est de ce procédé que naissent les futurs possibles dont nous avons parlés plus tôt dans cet article. On retrouve un multivers dans Sliders, dans les Univers Marvel et DC Comics, ou encore dans le manga Tsubasa Reservoir Chronicles
Chronologie chamboulée : comme pour le flashback/ forward, c'est le lecteur/ spectateur qui peut voyager à travers les différents pans d'une histoire qu'on lui livre dans un ordre volontairement chaotique (plus ou moins). Ces récits sont souvent passionnants et demandent un petit effort de la part du lecteur/ spectateur pour tout saisir. Attention, l’œuvre ne doit pas être totalement incompréhensible non plus. Parmi les exemples, on peut citer la saga de jeux vidéo The Legend of Zelda (dont la chronologie officielle a été récemment dévoilée), les séries Lost, American Horror Story dans une moindre mesure et Code Quantum, les sagas littéraires Les Chroniques de Narnia (romans sortis dans le désordre d'un point de vue chronologique), La Noxiance (les entre-chapitres qui dévoilent des éléments du passé) ou encore les films Mémento (raconté à l'envers) et Star Wars (trilogie originale qui se déroule après la prélogie mais avant la nouvelle trilogie!)
Boucle temporelle : le principe est simple. Comme pour un disque rayé, le temps revient sans cesse à un point précis et ce pendant un temps indéfini. On peut supposer que seul l'esprit voyage jusqu'à son corps du passé et ce jusqu'à ce que la situation se débloque. C'est la base du scénario du film Un jour sans fin, avec Bill Murray et dont le thème a souvent été repris dans les séries (Stargate, Supernatural, X-Files, Charmed...), les films (Source Code, Edge of Tomorrow) et même dans les jeux (The Legend of Zelda : Majora's Mask).
Les moins évidents
L'effet papillon veut qu'un micro-événement puisse avoir un impact important dans l'avenir. Le jeu Until Dawn montre parfaitement cet aspect.
Le Voyage de l'esprit vers un autre soi (parfois appelé Métempsycose temporelle), c'est lorsque l'esprit quitte notre corps du présent pour rejoindre celui du passé (ou plus rarement du futur), tout en conservant les souvenirs. L'exemple le plus probant est bien sûr le film X-Men Days of Future Past, lorsque l'esprit de Wolverine (Kitty Pryde dans les comics) est envoyé dans son corps du passé pour changer le cours de l'Histoire.
Le retour en arrière : c'est le pouvoir de remonter le temps de quelques secondes ou quelques minutes seulement. C'est l'un des éléments de gameplay de la saga de jeux Prince of Persia et de Life is Strange. Dans le film Next, c'est l'inverse qui se produit : le personnage principal a le don de voir quelques minutes dans le futur.
Les personnages conservés dans la glace : Certes, ils ne voyagent pas à travers le temps à proprement parler mais le temps s'écoule sans eux et quand ils se réveillent, ça peut être un choc. Le scénario d'Hibernatus (avec Louis de Funès) illustre bien cela. Captain America est toutefois le plus célèbre exemple de personnages congelés ! Autre variante, les personnages qui restent un certain temps dans le coma (Dead Zone)
L'anticipation, il s'agit pour un auteur de tenter de dépeindre le futur selon lui. De nombreux romans de Jules Verne peuvent être classés dans cette catégorie mais aussi Dune, Blade Runner ou Fahrenheit 451. Les dystopies, très à la mode en ce moment, sont également des fictions d'anticipation. Il est d'ailleurs intéressant de souligner que de nombreux auteurs furent de véritables visionnaires comme George Orwell avec son roman 1984 ou encore Aldous Huxley avec Le Meilleur des mondes.
Le voyage dans le temps est un thème complexe mais passionnant de la fiction. Certes, parfois les auteurs s'y cassent les dents mais nous comprenons désormais les difficultés auxquelles ils font face. Sachez qu'il existe sur internet des listes d’œuvres qui abordent les voyages dans le temps car mes exemples ne sont qu'une infime partie de ce qui existe !